la légende de Djeddi Yaala

Publié le par tiguert

YAALA

 Yala possédait un jardin aux portes de la ville  ( la Kalaa des Beni Hammad à Msila aujourd’hui ) où il cueillait le raisin de sa vigne en cet été de l’an 1061 . le transport se faisait à dos d’âne dans des « choiris ». Connaissant le chemin, la bête regagnait seule le domicile où l’attendait l’un des fils qui déchargeait le fardeau. L’âne revenait au jardin où Yala et ses autres enfants accomplissaient leur besogne. Le va-et-vient se faisait sans encombre. Les gens, habituées à la discipline imposée par les princes de la Kalaa, s’occupaient de leurs affaires sans s’immiscer dans celles des autres. La paix la tranquillité et la probité des habitants régnait dans la capitale et la province. Au cours de ce va-et-vient, l’âne tarda à revenir au jardin. Yala, inquiet, reprit le chemin suivi habituellement par son baudet. A quelques pas de là, il le vit arrêté, la charge en déséquilibre. Quelqu’un s’était donc amusé à prendre quelques grappes de raisins des « choiris » . Après avoir rétabli l’équilibre, Yala ramena l’âne à la maison. Mais, à quelques pas des remparts de la ville, il vit des individus étranges descendant de leur chameau et s’apprêtant à camper là. Il comprit que seuls ces étrangers avaient touché à ses fruits, et que cela ne pouvait être que les Benou- Hillal dont on attendait l’arrivée d’un moment à l’autre. Le soir quant tous ses gens étaient rentrées, il tint un conseil de famille pour discuter des événement de la journée et prendre les décisions qui s’imposaient. Après que chacun ait donné son avis, compte tenu de la situation intérieur du pays , ( tous étaient au courant de l’invasion Hilalienne et de ses méfaits ) des possibilités de la famille, de la direction à prendre, etc …

Yala conclut en ces termes : « l’homme au « méhari » est arrivé , l’étranger est sous nos murs , d’un moment à l’autre nous risquons d’être ses victimes , il faut avant qu’il soit trop tard , quitter ces lieux , et , pour ne point éveiller l’attention des voisins sur notre but , nous allons faire semblant de nous disputer et décider sous le mouvement de la colère de vendre tous nos biens à l’exception de la maison . Quant au troupeau il précédera dès demain matin à l’aube et nous attendra à une journée de marche vers le nord … »

    Le lendemain tout se déroula comme prévu. le soir, à la nuit tombante, tout était prés pour le départ. Quand tout le monde dormait et que les rues étaient désertes. Yala et ses gens quittèrent la citadelle pour toujours.

    Au matin, les voisins ne virent personne sortir de la maison. Un peu plus tard on s’en inquiéta. Puis on força la porte d’entrée. La cour était déserte, les portes des chambres ouvertes, pas une âme qui vive. Quelqu'un entra dans une chambre il vit un grand plat en bois ( el gassaâ « tarbouit » ) au milieu de la pièce. Il revint sur ses pas pour la signaler à ses compagnons. Quand on la souleva on découvrit deux pigeons : l’un après quelques ébats, s’envola ; l’autre, les plumes des ailes arrachées se blottit et attendit. on s’aperçut qu’il portait un pli suspendu au cou. On le détacha et on lut ce qui suit : « Celui qui a des ailes se débat et s’envole ; celui qui en est dépourvu, reste cloué au sol à la merci du premier venu ».

    On comprit vite les allusions de Yala, et le conseil donné à tous ceux qui désiraient s’éviter les déboires et la ruine dans une guerre prochaine avec les hordes des Benou –Hillal.

    Yala se dirigea vers le nord, s’accordant à peine quelques heures de repos, le temps de s’essouffler, de faire boire les bêtes et de prendre un peu de galette et quelques datte. Au bout se quelques jours de marche, il aboutit à Chertioua

( territoire actuel des Oulad Dahmane descendants des Benou-Hillal ). Mais le lieu ne plut pas, point de sécurité, proche de la rivière infectée de moustiques point  de source à eau fraiche. Il chargea son berger de prospecter un lieu dans la montagne où toute la famille serait à l’abri des rodeurs et des coupeurs de route.

    Dans ses randonnées, le berger mettait plusieurs jours pour revenir au campement. Il poussait son troupeau vers toutes les clairières où il avait de l’herbe. Aux heures chaudes il s’abritait à l’ombre des chênes pendant que ses bêtes se reposaient à l’ombre des buissons. A la même heure à peu près il voyait souvent son bouc qu’il appelait « Abad » revenir, on ne sait d’où la barbiche trempé d’eau. Il le suivi un jour jusqu’à la source où il se désaltérait. Elle sortait au pied d’un immense rocher à l’orée d’une clairière, abondante et fraiche. Le lieu pour un campement lui plut et répondait bien au désir de son maitre. Il rassembla vite son troupeau et rentra à Chertioua. La description des lieux plut à tout le monde. Yala et sa famille décampèrent , et bout de quelques heures de marche à travers l’immense foret de chênes , pins , lentisques , genets , ajoncs et toute sortes de plantes et herbes, nourriture quotidienne des troupeaux de chèvres et brebis de chaque village , ils aboutirent à destination .

    Cet emplacement porte toujours le nom de :

 «  Louta n’Yala » elle appartient aujoud’hui à « Guessoum Rabia » Rabi-ou-Seid de Taourirt Yacoub.

    C’était une clairière où jaillissait une source à grand débit au bas d’une falaise rocheuse. Elle se trouve aujourd’hui à près de cent mètres plus bas au dessous de la route. Elle alimente la population de Taourirt et arrose leurs jardins. Elle porte le nom de «  Abadh » du nom que Yala lui avait donné correspondant à celui de son bouc qui l’avait découverte.

    L’endroit choisi est un plateau assez spacieux, plus bas que celui de Tansaout, face au Nord. Il domine toute la region, et la vue s’étend jusqu’aux cimes du Djurdjura, aux crêtes des Babor les plus lointaines. En bas, à ses pieds sur le flanc, il y avait des «  Nezouat », petits hameaux des autochtones : les Ait Ahmed –ou-Youcef et les Zata ( ou Anzaten) émergeant des jardins touffus d’arbres fruitiers et de chênes de la foret qui descendait jusqu’à la rivière de Ghodane.

    Le site est merveilleux, un lieu idéal pour vivre loin des tracas des pouvoir public s et des incursions de voleurs et coupeurs de routes.

    De la tente, la famille de Yala passa à la maison en pierres. L’hiver est rude avec ses pluies et ses neiges empêchant souvent toutes communications avec l’extérieur. Il faut du bois pour se réchauffer et faire cuir e les aliments, il faut des abris pour les animaux domestiques. Yala et ses enfants se mirent à l’ouvrage, et bientôt un petit hameau prit naissance au milieu de la clairière.

    Installé définitivement Yala songea à consolider sa position. Berbère lettré ayant connu une certaine civilisation à la Kalaa des Beni-Hammad , fortuné avec son troupeau de chèvres et de moutons, il  possédait tous les moyens de s’implanter là , de s’intégrer au milieu local et de s’imposer par son savoir et sa culture .

    Il chercha donc alliance avec les familles des Ait Ahmed –ou-Youcef et des Zata. Les plus proches étaient ces derniers. Quand ils se rendaient à la foret ils passaient par Tizi n’Zata non loin de Zati proche de la clairière de Yala . Le plus important des hameaux des Zata se trouvait à Anzathen au milieu des oliviers dans un terrain schisteux, ensoleillé, abrité des vents et des tempêtes de neige .

    A la mort de Yala – son mausolée se trouve entre Taourirt Yakoub  et Guenzet – six de ses fils abandonnèrent cette clairière au climat trop rude pour s’établir au milieu des hameau où résidaient probablement leurs beaux-parents .

    Etant donné l’origine, leur connaissance du Coran et de la religion, ils acquirent vite la prédominance sur les autres, et à leur mort, les villages où ils s’étaient établis portèrent leur nom.

    Les sept enfants étaient : Cherara , Zerara , Seid , Abderrahmane , Medjber , Yacoub et Younès .

    On dit qu’il y avait un huitième enfant mort sans postérité.

    L’emplacement actuel de chaque village n’est celui de cette époque.

    Il n’y avait que des hameaux, c’est à dire quelques maisons de la même famille groupées au même lieu.

    Guenzet, le village actuel, édifié sur la colline, n’était que des « Nezouat » c’est à dire des hameaux éparpillés dans le bois. Les piliers qui avaient servis à l’édification des anciennes mosquée, comme celle de Timengache, du mausolée de Djeddi Yala, étaient des troncs d’arbres abattus sur les lieux mêmes de la construction.

    La démolition de ces mosquées a été une grosse perte comme vestige de l’histoire locale.

    A Tansaout, autour de la source, il y avait des habitations. C’est là que si Ammar-ou-Moussa séjourna en arrivant de la Kalaa. C’est au bord de ce hameau que les turcs avaient construit « lrur » dépôt pour recueillir les impôts en nature à la période voulu ( El Haouch –ou-Turqui ) .

 

    Ceux d’Aourir –ou-Eulmi et ceux d’ait Hafedh sont plus prêts des gens des Beni Yala par leur physique et leur comportement . Ce sont des populations de la meme origine ( les Sedouikich ) mais probablement de branches différentes descendants de Mohamed ben Youcef ou de Seddouk. Toujours est-il qu’ils sont très proches des Beni Ourtilane et des Anzathen des Beni Yala. ils sont comme ceux de la région proche travailleurs et nationalistes. Ils ont fourni au pays des hommes remarquables dont Cheikh Fodij El Ourtilani , Cheikh Mouloud El Hafdi.                                                                                 

 Mouloud Gaid «  Les Beni-Yala »

 
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