L’ACROCHAGE DE TAOURIRT YAKOUB

Publié le par tiguert

il  y' a 50 ans de cela, le 28 mars de l'année 1960. 

 

 

Le village de Taourirt Yakoub se trouve à 1000 mètres du chef  lieu de commune Guenzet, entre Ghodane et Timengache, il se situe à une altitude de 1100 environ, il est fixé au flanc de la montagne Adrar, sa population est estimée à 1200 âmes, en majorité installée dans les grandes villes surtout Alger. (c’est malheureux q’ aujourd’hui plusieurs maisons tombent en ruine).

Pendant la revolution toutes les maisons étaient occupées soit par les propriétaires eux même soit par les refugiés des villages voisins « Issoumar » « Tiguert  Imasbahene » etc…

  L’autorité Française avait procédé au regroupement des populations des villages qui se trouvent loin de Guenzet, où étaient installées l’administration et la caserne de l’armée coloniale, dans les villages limitrophe du chef lieu (genre de grands camps de concentration).

Le lundi 28 mars 1960 correspondant au 1er Chawal 1379, Ce jour là restera gravé dans les mémoires des Aith Yaala et dans l’histoire de l’Algérie indépendante.

Par manque d’information, toute la population jeûnait le 30ème jour du Ramadhan (à cette époque il n’existait aucun moyen d’information, ni journaux, ni poste radio, ni télévision).

Au levé du jour vers 6 heures du matin, l’administration coloniale (la SAS) a délégué une patrouille de soldats pour informer les populations des villages que c’est L’AID El Fitr.

Ce matin là, un groupe de Moudjahidines composé de, REGOUI ABDELHAMID, BELOUCHET MOULOUD (ATHANYERHAM RABI , gloire à nos martyrs) , se trouvait à Taourirt Yakoub en possession d’une liste et d’une grande somme d’argent pour apporter une aide financière aux familles de Prisonniers et de Moudjahidines à la veille de L’AID.

Au même moment au environ de 10 heures du matin, un autre groupe de soldats à la solde de la France originaires de Taourirt Yakoub et de Timengache, accompagnés d’une escorte, se dirigeaient vers ces villages pour rendre visite à leurs familles en ce jour de Fête.

Les enfants vêtus de leurs plus beaux habits étaient dehors. Les garçons jouaient aux soldats et aux Moudjahidines dans les vergers voisins, tandis que les filles chantaient des chants patriotiques dans les ruelles du village, c’est L’AID.

Soudain, une rafale de mitraillette retentit, les enfants couraient dans tous les sens, les plus chanceux étaient près de leur maison, les petites filles pleuraient dans les ruelles du village.

En entendant les coups de feu les parents ont accouru à la recherche de leurs enfants.

Les moudjahidines, à la fin de leur mission à Taourirt Yakoub se dirigent vers Timengache par le chemin des vergers (jardins), les soldats français qui se trouvaient à Timengache les avaient aperçus de loin au lieu dit « OULMANE », et l’un d’eux avait reconnu si Mouloud Belouchet (agé de 40 ans (il était né en 1920), il portait toujours un turban et une Gandoura blanche pour dissimuler sa tenue militaire et son arme), il tire une rafale sur lui en le blessant au bras, il était furieux il tire une deuxième rafale accompagnée d’injure et d’insulte.

Les trois Moudjahidines pour éviter un accrochage avec eux rebroussent chemin vers Taourirt Yakoub.

Au quartier général de Guenzet en entendant les deux rafales,  une alerte générale fut donnée, un convoi de troupes fut dépêché vers Taourirt Yakoub et Timengache, un autre groupe avait dévalé les pentes du « Sahel » vers Ghodane (le village de Ghodane n’avait aucune route carrossable à cette époque là), en un clin d’œil le village de Taourirt Yakoub était encerclés.

Prix en étau, les deux Moudjahidines ne trouvaient aucune issue échappatoire, ils cherchaient refuge dans les maisons,  celle des BOUZIDI ((AKHAM NAT BOUIMIT*) est plus sécurisée que les autres, ils se sont barricadés à l'intérieur après que si Abbelhamid (un garçon d’une vingtaine d’années blond avec des yeux bleus) eut  retranché ses manches, et si Mouloud eut ôté sa goudoura blanche et l’eut jeté à (EL BAHDJA  OUTH HAMMA) une femme du village qui était sur  son chemin.  

 

Les soldats français fouillent systématiquement chaque maison, ils s’étaient scindé en deux groupes, un groupe fouillaient le haut du village (AHFIR-ARAHBA) un autre groupe le bas (LHARA OUADA). Les habitants (femmes et enfants) du coté bas du village étaient regroupés dans la mosquée, ils étaient tenue en respect par deux vigiles, (les hommes s’étaient retranchés à Guenzet à l’exception d’un vieillard (si Brahim Ouamer) on l’avait mis avec les femmes et les enfants.

Un silence de mort régnait à Taourirt Yakoub, toutes les maisons fouillées étaient restées portes ouvertes, arrivée devant la maison des Bouzidi (AKHAM NAT BOUIMIT) la porte était close, après plusieurs essais d’effraction sans succès, l’officier avait ordonné de quadriller la maison suspecte.

 

Voulant à tout prix les capturer vivants, l’officier essayait de les convaincre de se rendre.

« Aucune réponse aucun bruit ne parvenait de la maison suspecte ».

Il avait demandé à ses soldats de monter sur le toit et de faire une ouverture. Après le déplacement de quelques tuiles, les moudjahidines aperçurent l’apparition de rayons de soleil et une tête,  ils tirent plusieurs rafales, on entendait des appelles au Djihad « ALLAH OUAKBAR – AL DJIHAD FI SABIL ALLAH ». le soldat qui avait fait l’ouverture tombe comme un melon dans la cour.

L’officier essayait une deuxième fois de les convaincre en leurs disant :

-          Je suis l’officier……. !

-          On sait que vous êtes là !

-          Vous n’avaient aucune chance de vous échapper !

-          Je vous jure que vous ne serez pas tués ou torturés !

Si Mouloud qui était gradé lui avait répondu :

-          Montrez-vous si  vous êtes vraiment un officier !

-          Montez négocier notre capitulation !

-  

Personne ne sait combien ils sont à l’intérieur. (ni la population ni l’armée coloniale)

L’officier Accepte et monte sur le toit il avance à petit pas la peur au ventre. Si Abdelhamid qui était à l’affut l’avait abattu d’une rafale dès son apparition dans la lumière du trou. Son corps roule sur le toit et tombe par terre en faisant un bruit sourd. A partir de ce moment aucune négociation n’avait été engagée, on n’entendait que des coups de feu ; chaque soldat qui pointait le nez était abattu par les braves hommes qui étaient postés d’un coté et de l’autre de l’ouverture faite dans le toit (il faisait très sombre à l’intérieur, on ne voyait rien).

Le sergent qui était présent dès le début de l’opération (et qui avait remplacé l’officier abattu) avait  donné l’ordre d’attaquer à la grenade.

L’accrochage avait duré environ 5 heures, de 12 heures du matin à 5 heures du soir.

A la fin des combats, une fois aucun coup de feu ne parvenait de l’intérieur, le sergent criait :

-          Cessez-le feu, opération terminée !

-          Débarrassez-moi tout-çà ! (les cadavres des soldats abattus).

Des témoins oculaires avaient constatés l’évacuation des corps, des deux Moudjahidines Si Mouloud et Si Abdelhamid, l’officier français et son chien, six soldats français, entre morts et blessés.
 

 

Une fois l’opération terminée.

La vieille femme, la propriétaire de la maison, que tout le monde appelle « MIMITE » se faufilait dans les ruelles et en arrivant au seuil de sa porte poussait des Youyou, des cris et des hurlements en constatant les dégâts :

« Deux chèvres tuées l’une d’elle avait un chevreau à moitié-né ; une jarre d’huile et deux COUFI éclatés déversant leurs contenant par terre où on apercevait un mélange de sang, d’huile et de grains.

Une journée de cauchemar, à Taourirt Yakoub, qui a durée une éternité d’après l’imagination de « KHLILI » Lahmar Taklit (ASSYAFU RABI).

 

(d’après le témoignage des villageois de Taourirt et Timenkache) par Chati Belkacem

 

Un autre carnage s’était déroulé à Taourirt Yakoub, et ça c’est une autre Histoire, à suivre dans les prochains jours inchallah.
*cette maison est encore en ruine à ce jour. voir photo du haut.
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