LA BATAILLE DE CHREA

Publié le par tiguert

51 années passées, je garde intact le souvenir des massacres et des destructions commis par l'armée coloniale.  Ces événements du 5 juillet 1957 resteront gravés à jamais dans les mémoires et pour l'histoire. Je restitue ci-après quelques péripéties de cette bataille.

 

Avant de continuer, il est nécessaire de rappeler, que la région n'ath yaala a été dans le passé une place forte du mouvement national et de djamait el ouléma.  Dès l'aube du déclenchement de la révolution du jr novembre 1954, la région s'était engagée pleinement dans la lutte de libération.  Elle a été le théâtre d'événements sanglants.

Je cite à titre d'exemple

-La bataille de sidi m'hand ouyahia              en 1955.

-La bataille de djebel n' Thilla (opération Dufour) en 1956.

-Le grand ratissage ciblant la région n'ath yaala en 1958.

 

Notre souhait, que les témoignages sur ces événements soient réunis et consignés dans un livre à l'instar de la bataille de chrea, décrite avec détails dans notre livre intitulé « chrea histoire et militantisme »

Ne dit-on pas, que l'histoire locale est une partie de l'histoire nationale.

 

Avant propos

 

Chréa creuset du savoir et du militantisme.

 

Chréa la rebelle, la résistante comme aimait l'appeler le colonisateur.

Chréa est incontrôlable, occupe une place stratégique, de par les vastes vergers connus par la densité des arbres fruitiers de toutes sortes qui l'entourent.

Chréa a été incendié en 1871 pour sa participation active lors de la révolution d'el Mokrani et cheikh El Hadad . Depuis elle n'avait cessé de porter le flambeau de la lutte et de la résistance jusqu'à l'indépendance de l'Algérie.

 

Chréa a eut son premier chahid, en janvier 1956 en la personne de Cheikh Salah Ahmsis (Lemaissi Salah) imam, âlam, homme respectueux et respecté, criblé de balles pendant qu'il faisait sa prière du matin dans son verger à quelques mètres de sa maison, lors de l'un des encerclements du village par l'armée française.

 

Le 31 juillet 1956, l’aviation Française s'était acharnée pendant des heures à bombarder la mosquée de Chréà, plusieurs fois centenaire, qui avait résisté miraculeusement alors que plus de quatre vingt personnes se trouvaient à l'intérieur.  La medersa et les maisons mitoyennes de la mosquée ont été rasées complètement et on a compté

 

plusieurs morts et des dizaines de blessés.

 

Chréa ne désemplissait pas de moussebilines et djounouds de l'A.L.N. L'armée Française le savait, elle avait utilisé tous les moyens pour détruire le village et massacrer ses habitants.

 

LE JOUR LE PLUS LONG

 

C'était le 5 juillet 1957, un vendredi, de coutumes les habitants du village et les cinq villages voisins trouvaient le temps de discuter et proposer des solutions à Tadjmaat pour tout,-ce qui avait trait à la vie commune des habitants, avant de faire la prière du vendredi à la mosquée de chréa.  Ce jour là, la prière n'a pas eu lieu.  L'armée Française en avait décidé autrement.

 

Dès l'aube, vers six heures, des rafales de mitrailleuses avertirent les habitants que le village était encerclé.  Effectivement toutes les issues du village étaient bouclées, les soldas français sortaient de toutes parts ; leur nombre dépassait celui des habitants du village.  Par groupes de cinq soldas et plus, ils fouillaient les maisons, en saccageant tout ce qui s'y trouvait (huile, semoule et autres provisions) et en emportait tout ce qui pouvait l'être (argent, bijoux, objets de valeur, etc.) poussant les hommes à coups de pieds et de crosses de fusils vers la place du village.

Vers sept heures du matin, les coups de feu d'un fusil de chasse se firent entendre.  C'était à Thala Hamza, à la sortie est du village.  Le moudjahid Belazoug (Mohamed Laalami), qui n'avait pas échappé à l'encerclement, avait pris position dans un ravin, camouflé par une dense végétation.

Découvert par un chien de l'armée, il avait résisté pendant des heures, tuant sept soldas et leur chien et faisant plusieurs blessés, avant de tomber au champ d'honneur.

C'était l'affolement parmi les soldas français, qui menaçaient de fusiller tous les hommes du village.  L'ordre d'évacuer le village fut donné.  Les hommes étaient dirigés vers Ahfir, hauteur surplombant le village, les femmes et les enfants conduits vers le contrebas du village.  Les soldats répartis en groupes mettaient le feu dans toutes les maisons.  Des colonnes de fumée emplissaient le ciel.  L'ampleur du désastre n'a pas satisfait l'armée : un autre ordre fut diffusé par haut parleur à partir d'Ahfir, sommant les femmes et les enfants à rejoindre Ahfir, en traversant le village.  J'avais à l'époque dix sept ans.  Je me trouvais parmi plusieurs personnes en majorité des femmes et des enfants à traverser le lieu dit Tighilt Izougaghen (colline rouge) qui se trouve aux quatre chemins, à cinquante mètres de la mosquée.

C'était justement à ce moment précis que les canons placés à Tighramt, route reliant Guenzet à Sétif, arrosaient le village avec une pluie d'obus.  Un voile de fumée et de poussière enveloppait toute la place ; on entendait des cris et des pleurs venant de toutes parts.  Quelques personnes et moi-même avions échappé miraculeusement à la mort, car nous nous trouvions derrière un mur qui nous avait protégés des éclats d'obus.  Une fois la fumée et la poussière dissipées, l'ampleur du carnage apparut sous nos yeux : à Thighilt izougaghen

 

(colline rouge) sept morts sur le coup et plusieurs blessés graves.  Parmi les blessés se trouvait, mon frère Mouloud qui avait reçu un obus entre les pieds, cisaillant en six endroits ses membres inférieurs et provoquant aussi une blessure au ventre.  Malgré la peur et l'affolement je n'ai pu m'empêcher de le prendre sur mes épaules avec le sang qui continuait à gicler, poursuivant mon chemin avec d'autres échappés vers Ahfir.  Sur notre route au niveau de l'Aali, se trouvaient deux cadavres, tués par balles à bout portant, un trou rouge sur le front, à cinquante mètres de là à Tazedhant, se trouvaient également trois autres cadavres tués par balles de la même manière.  Continuant vers Ahfir, là un autre cadavre criblé de balles, allongé en face des hommes entassés comme un troupeau, sous le regard menaçant des soldats, dirigeant leurs armes au dessus de leurs têtes.  J'étais mis de côté avec mon frère blessé sans que personne n'intervienne pour arrêter l'écoulement de son sang.  Au même moment à Tighramt, trois hommes du village ont été fusillés.

 

On comptait les secondes et les minutes, la journée s'étirait et s'étirait à n'en plus finir.  En partant en fin de journée, les militaires avaient laissé derrière eux la désolation et un village martyrisé, emportant dans leurs bagages le butin de guerre.  On m'avait embarqué sur un camion avec mon frère blessé vers Bougaâ puis vers l'hôpital de Sétif, où il avait rendu l'âme le jour même.

Quant à moi, la dernière chose dont je me souviens est que j'étais entouré par plusieurs, personnes à Sétif faisant de leur mieux pour me consoler et atténuer ma douleur.  J'étais ramené au village le lendemain 6 juillet 1957.

Ce qui s'était passé à Chréa s'était répété dans plusieurs villages à travers l'Algérie.  C'est justement un exemple frappant de la colonisation « positive » comme aiment l'évoquer ses défenseurs d'aujourd'hui.

Par TAIEB RAACHE

 

GLOIRE ET HONNEUR A NOS MARTYRS

VIVE L'ALGERIE

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mahmoud 14/06/2011 22:07


Bonsoir, cet accrochage est répertorié dans un témoignage de dragons. Un sous lieutenant, un dragon et un chien militaire on été abbatu par le "rebelle" retranché dans un ravin


Rima 10/03/2009 21:21

Merci , c'est très aimable à vous .

Rima 05/03/2009 10:20

Bonjour,

Mabrouk pour le blog.

Je voudrais savoir si le livre est disponible a ALger .
Merci .

tiguert 05/03/2009 14:18


je l'ai, je peus vous le prêter email: taourirtyakoub@live.fr